Retour à la liste d'infos générales

Histoire de la Médecine Arabe

Histoire de la Médecine Arabe

" La Médecine est l’art de conserver la santé et éventuellement de guérir la maladie survenue dans le corps" Poème de la Médecine Ibn Sîna (930 - 1037).

"La santé est un état complet de bien être physique , social et mental et ne consiste pas seulement en l’absence de maladie ou d’infirmité" Déclaration de l’OMS 1946.

A l’heure des thérapies géniques , des greffes d’organes et du scanner qui représentent les points forts de la médecine occidentale , il n’est pas inutile de rappeler que la médecine arabe avait elle aussi , il y a plusieurs siècles , son heure de gloire.

La civilisation arabo- islamique appartient aux grandes civilisations et la médecine arabe fait partie de ce patrimoine. La situation géographique de monde musulman entre le monde méditerranéen et l’Orient plus ou moins lointain , a favorisé le rayonnement de sa médecine grâce à la langue arabe , commune de l’Andalousie à l’Asie Centrale.

Cette médecine s’inscrit dans une longue tradition scientifique qui remonte à la Grèce classique , à la Perse ancienne et à l’Inde sanscrite. Dès les origines , peut on rappeler que l’Islam et la science sont intimement liés. Le mot science est cité dans plus de 160 versets du Coran. Dans l’Islam, l’harmonie doit régner entre le savoir et la foi , les lumières et la religion . Un verset indique le degré que Dieu attribue aux savants : "  Dieu placera sur des degrés élevés ceux d’entre vous qui croient et qui auront reçu la science " Sourate 58, verset 11.

Cela étant, on comprendra aisément les prémices qui ont incité l’Islam à déployer une curiosité et une ouverture scientifique sans précédent. Et pour ce qui est de la médecine , science des sciences, elle a occupé naturellement en terre d’Islam une place privilégiée au cours du Moyen Age.

L’essor du savoir à travers l’élaboration des traductions et la rédaction des traités originaux se place aux débuts de l’époque abbaside à Bagdad . Auparavant, c’est en Syrie centre du 1er empire Omeyyade que les arabes se sont initiés aux disciplines scientifiques.

Le Calife Al Walid Ibn Abd Al Malik ( m. 715) aurait construit le 1er hôpital à Damas (Bimâristân). Un autre calife Omar Ibn Abd Al Aziz aurait en 718 transféré l’enseignement de la médecine d’Alexandrie à Antioche.

 La prise du pouvoir par la dynastie des abbasides dès l’an 750 est à l’origine d’une mise en place d’une autorité musulmane non authentiquement arabe et faisant place aux croyants de toute origine et intégrant des provinces aux populations et aux cultures très diverses.

Le Calife Al Ma’mum qui régna de 813 à 833 est le modèle de ces princes croyants éclairés amis des Lettres et des Sciences. A son époque Bagdad était devenu le berceau de la Médecine Arabe . La Maison de la Sagesse " Bayt Al Hykma " abritait les savants les plus illustres, sans distinction ni de leur religion ou de leur race . Cette maison comptait les livres les plus recherchés.

A la fin du IX siècle , vont naître des pouvoirs régionaux autonomes, en Espagne, en Egypte et en Syrie , rivaux des califes abbasides, et de nouvelles capitales scientifiques apparurent à Cordoue (Andalousie) , Kairouan (Maghreb), Le Caire (Egypte) , Damas (Syrie) , et Shiraz (Iran).

L’essor de ces " métropoles régionales " a favorisé la diffusion géographique du savoir et entre autre du savoir médical. Parmi ceux qui influencèrent profondément le cours de la médecine arabe médiévale , voici quelques noms à retenir en priorité :

AL RAZI (Rhazes) , né en 865 , philosophe, mathématicien, astronome, alchimiste , musicien et médecin à l’hôpital de Bagdad . Il rédigea 184 traités dont 61 relevant de la médecine . On lui doit une description détaillée de la variole , de la rougeole . . .

IBN SÎNA (Avicenne) m. en 1037. Il a laissé une œuvre immense avec des ouvrages en particulier de philosophie et de médecine dont le plus célèbre de tous est le Canon (Al Quanoun fil Tibb) formidable oeuvre médicale encyclopédique qui a constitué la base de l’enseignement médical à la fois en Orient et en Europe jusqu’à une époque récente et figure dans le plus ancien programme d’étude connu, celui de l’Ecole de Médecine de Montpellier.

AL MAJOUSI  Il a laissé un ouvrage magistral qui porte à son apogée la réflexion sur le savoir médical gréco - arabe : le livre royal (Al Kitabb Al Malaki) qui est un livre de synthèse des connaissances médicales que cultivaient ces deux civilisations.

IBN RUSHD ( Averroès) né à Cordou en 1126 et mort à Marrakech en 1198. Juriste, philosophe et médecin. Ses commentaires des traités d’Aristote provoquèrent une onde de choc perceptible jusqu’au XVI éme siècle. Ses connaissances ne sont pas moindre et s’illustrent dans son traité "  Les généralités médicales " (Kitab Al Kulliyat fil Tibb).

D’autres savants non moins célèbres et dont les manuscrits sont précieusement répartis à travers les bibliothèques et les musées du monde entier et pour ne citer que les plus connus :

HUNAYN Ibn ISHÂQ . Chrétien d’origine syriaque , grand traducteur des oeuvres de Galien et d’Hippocrate et auteur fécond de nombreux ouvrages originaux dans les domaines de la médecine de l’ophtalmologie et de l’odontologie. Son fils Ishaq suivit le même chemin.

AL ZAHRAOUI célèbre par son traité de chirurgie (Al Makala fil Amal bi I yad) décrivant la cautérisation , l’incision, l’amputation , les fractures , les luxations et l’obstétrique.

Ibn AL NAFIS qui décrivit le premier la petite circulation pulmonaire.

Les hôpitaux . . .

" Les hôpitaux sont parmi les plus beaux titres de gloire de l’Islam" par ces mots , Ibn Joubayr , historien et voyageur andalou qui parcourut le Proche Orient dans les années 1183 - 1184 exprimait son admiration devant ces institutions présentes dans la plupart des villes d’Egypte , de Syrie et d’Irak. Nommé Bîmaristan, mot d’origine persane et signifiant "maison des malades". Les plus célèbres sont Al Adudi à Bagdad , Al Nuri à Damas ( devenu musée de nos jours) et Al Mansuri au Caire (encore en place).

Les historiens de la médecine arabe médiévale notamment Lucien Leclerc et Françoise Michau se sont attachés à mettre en valeur le nombre et la modernité ainsi que le financement nécessaire au fonctionnement des ces établissements mécénats (Wakf).

En plus des soins gratuits prodigués aux malades et aux nécessiteux , l’enseignement de la médecine y était pratiqué (Madrassa).

Malheureusement, le déclin a frappé progressivement cette brillante civilisation par l’effondrement du Califat abbaside sur les coups des invasions mongoles et plus tard des croisades . Avec l’éclatement de cet empire en états rivaux et dynasties concurrentes, une léthargie a fini par s’installer durant plusieurs siècles.

Plus tard, au début du XXième siècle , l’adoption officielle de la médecine occidentale par les pays situés dans l’aire antique de la médecine n’a guère posé de problème, contrairement à ce qui s’est passé dans certains pays comme la Chine ou l’Inde.

Il ne s’agissait pas d’adoption d’un modèle étranger mais bien la poursuite d’idéal de recherche et de pratique dont les origines sont communes à l’Occident et à l’Orient. Si la médecine arabe médiévale s’est épanouie dans le cadre d’une société islamique par contre ses acteurs appartenaient aux trois religions du livre et à de multiples groupes ethniques.

La médecine contemporaine peut être représentée comme un enrichissement et un développement continu de la même chaîne de savoir humain de l’antiquité jusqu'à nos jours.

Il est heureux que depuis quelques décennies , on observe un intérêt croissant pour la médecine orientale , son histoire et ses spécificités comme en a témoigné l’imposante exposition organisée par l’Institut du Monde Arabe à Paris sous le titre : " La Médecine au temps des Califes - novembre 1996- mars 1997".

Dans cette nouvelle ère de mondialisation, l’ouverture des sociétés musulmanes au monde occidental ne peut que contribuer à leur développement, leur stabilité et leur bien être.

Dr Ousmat EL TURK                                                                                                                                                                                                              Président AMP France Moyen-Orient   

Retour en haut