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Grossesses non désirées au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

 

Cet article a fait l’objet d’une présentation lors de la Conférence Démographique Internationale de l’IUSSP qui s’est tenue à Marrakech au Maroc en octobre 2009.

(Janvier 2010) Les grossesses non désirées sont fréquentes au Moyen Orient et en Afrique du Nord (MOAN).1 Ces grossesses pèsent lourdement sur la santé des femmes et sur leurs familles et représentent un fardeau pour les systèmes sanitaires et le développement social et économique des divers pays de la région. Bien que de prime abord, la question des grossesses non désirées puisse sembler relever de la vie privée des femmes et de leurs familles, leurs conséquences sanitaires et démographiques exigent une intervention sous forme de politiques de gestion publique pour assurer tant le bien-être de l’individu que celui de la société.

Les femmes, familles et sociétés tirent bénéfice de la planification des grossesses. Mais trop souvent, les femmes tombent enceintes lorsqu’elles ne souhaitent plus avoir d’enfants ou souhaitent espacer les naissances. Le droit de décider si et quand avoir un enfant est un droit humain et reproductif de base reconnu dans les accords internationaux, y compris lors de la Conférence Internationale des Nations-Unies sur la Population et le Développement qui s’est tenue au Caire en 1994.

Il est urgent de relever ce défi dans la région MOAN, car un nombre sans précédent de femmes sont en âge de procréer (de 15 à 49 ans) et risquent de tomber enceintes. Les Nations-Unies estiment que le nombre de femmes en âge de procréer dans la région MOAN dépassera les 120 millions en 2010, et que plus de la moitié d’entre elles auront entre 15 et 29 ans.

Nouvelle analyse des sondages de population et santé de la famille en pays arabes

Une nouvelle analyse présentée à la conférence de l’IUSSP à Marrakech montre que les grossesses non désirées sont fréquentes dans tous les pays de la région MOAN et dans tous les groupes socio-économiques de ces pays. L’analyse inclut des pays où un sondage concernant la Population et la Santé de la Famille dans les pays arabes (PAPFAM) a récemment été mené, à savoir l’Algérie (2002), le Liban et le Maroc (2004), la Palestine (parmi la population de la bande de Gaza et de Cisjordanie, y compris les quartiers est de Jérusalem - 2006), la Syrie (2001) et le Yémen (2003). Ces sondages qui reflètent la situation au niveau national fournissent des données comparables sur la population, la planification familiale et la santé de la mère et de l’enfant ; ils incluent diverses questions posées aux femmes mariées enceintes concernant leurs attitudes envers leur grossesse: "Quand êtes-vous tombée enceinte, souhaitiez-vous tomber enceinte à ce moment-là, souhaitiez-vous être enceinte plus tard ou ne souhaitiez-vous pas tomber enceinte?"2

Nouveaux Résultats

Les sondages réalisés par le PAPFAM montrent qu’une grossesse sur trois dans la région est non désirée et que les femmes enceintes ont tendance à déclarer leur grossesse comme étant non désirée à un taux plus élevé dans les pays où le taux de fécondité est plus élevé. Au Yémen, où les femmes donnent naissance en moyenne à six enfants, seules 42 pour cent des femmes enceintes souhaitaient tomber enceintes au moment où elles le devinrent comparées à 70 pour cent au Liban où les femmes ont en moyenne deux enfants (voir figure 1). En d’autres termes, les femmes yéménites enceintes ont moins de chances d’avoir souhaité leurs grossesses ‘à ce moment-là’ que les femmes dans d’autres pays – 58 pour cent des femmes yéménites soit ne souhaitaient plus avoir d’enfants soit souhaitaient avoir un enfant plus tard. Ces taux se traduisent par environ 1, 5 million de naissances qu’on peut considérer comme ‘non désirées’ dans le pays en 2009.

 

L’étude révèle non seulement que les grossesses non désirées sont répandues dans toute la région mais aussi dans chaque pays pris individuellement. Dans chaque pays de l’étude, le pourcentage de femmes enceintes vivant en zone urbaine était similaire au pourcentage de femmes enceintes vivant en zone rurale. Les femmes ayant un niveau d’éducation plus élevé avaient moins tendance à indiquer que leurs grossesses étaient non désirées.

Puisque le mariage est une pré-condition légale et culturelle à la grossesse dans la région MONA, toute étude des grossesses non désirées dans la région devrait tenir compte des tendances de mariage. Parmi les pays du PAPFAM, le pourcentage de femmes âgées de 15 à 49 ans qui étaient mariées au moment du sondage allait de 42 pour cent en Algérie et 45 pour cent au Liban à 57 pour cent en Palestine et 59 pour cent au Yémen. Les femmes yéménites ont trois fois plus de chances d’être enceintes que les Libanaises parce qu’elles ont plus de chance d’être mariées et plus de chances d’être enceintes une fois mariées.

Comme on pouvait s’y attendre, les femmes enceintes ayant un nombre plus élevé d’enfants ont tendance à rapporter leur grossesse comme étant non désirée à un taux accru. Le pourcentage des femmes qui ont déclaré qu’elles ne voulaient pas être enceintes augmente au pro rata du nombre d’enfants (voir figure 2). Au Maroc par exemple, 33 pour cent des femmes enceintes qui avaient déjà trois ou quatre enfants ont dit que leur grossesse était tout à fait non désirée, comparé à 6 pour cent des femmes qui n’avaient qu’un ou deux enfants. Au Yémen, une femme mariée sur 10 qui avait eu au moins 5 enfants était enceinte, et trois quarts d’entre elles disaient que leur grossesse était non désirée, presque la moitié d’entre elles affirmant qu’elle était tout à fait non désirée.

 

Le fort taux de grossesses non désirées dans la région MOAN est une grave question de santé publique qui affecte négativement les efforts des gouvernements pour améliorer la santé des femmes et des enfants. Les études internationales ont montré que lorsque la grossesse est non désirée au moment de la conception, elle affecte la santé de la mère et celle de l’enfant. Les grossesses non désirées présentent un risque plus élevé de mortalité et de morbidité maternelles car elles sont associées à des avortements peu surs, un taux plus élevé de maladie infantile dû au début tardif et la sous-utilisation des soins prénatals, des conduites de santé peu sures durant la grossesse, des complications durant l’accouchement, un faible poids à la naissance et des problèmes de développement de l’enfant.

En réduisant le nombre de grossesses non désirées, les gouvernement de la région MOAN aident non seulement à améliorer la santé et le bien-être des femmes et de leurs familles mais peuvent aussi aider leurs pays à atteindre leurs objectifs de développement.  


Article écrit par:

Farzaneh Roudi est directrice de programme, MOAN, au Population Reference Bureau. Ahmed Abdul Monem est directeur du Programme Pan Arabe pour la Santé Familiale.


Références

  1. Les pays inclus dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MOAN) considérée ici sont : l’Algérie, le Bahreïn, l’Egypte, l’Iran, l’Irak, la Jordanie, le Koweït, le Liban, la Libye, le Maroc, Oman, la Palestine et le Yémen.
  2. Le Projet Pan Arabe pour la Santé Familiale, le Sondage de Santé Familiale Arabe, Questionnaires de Base Module "A" (Le Caire : Projet Pan Arabe pour la Santé Familiale, 2001).
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