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Cancer , la part du hasard et de la génétique

 

 
 

                                                           Cancer : une part importante de hasard

Selon une étude américaine, deux tiers des tumeurs malignes naîtraient de façon aléatoire et ne pourraient pas être évitées.

 

Le cancer est une accumulation d'altérations génétiques d'abord aléatoires, qui confèrent aux cellules mutées des avantages leur permettant de se multiplier de manière anarchique.

 

Vous traversez une rue calme et êtes fauché par une voiture folle: la malchance a joué contre vous. Vous travaillez sur l'autoroute en plein jour, vêtu d'un gilet jaune et signalé par plusieurs panneaux: le risque existe, mais des précautions sont prises. Vous marchez sur cette autoroute, ivre et les yeux bandés: vous tentez le diable…

Il en est de même du cancer. Parfois il frappe sans explication, parfois il a été favorisé par l'hérédité ou l'hygiène de vie. «Avec les facteurs de risque connus on arrive à expliquer 35 % des cancers, mais il restait 65 % de cancers inexplicables», selon Catherine Hill. L'épidémiologiste du cancer à l'Institut Gustave-Roussy (Villejuif) se réjouit donc du «chaînon manquant» mis en évidence par deux chercheurs du centre de cancérologie Johns Hopkins à Baltimore.

La preuve par le côlon

«Certains types de tissus donnent lieu à un cancer un million de fois plus souvent que d'autres», constatent dans la revue «Science» le généticien Bert Vogelstein et le biomathématicien Christian Tomasetti. Mettant en regard le nombre de cellules souches se divisant dans différents types de tissus, et l'incidence des cancers touchant ces mêmes tissus, les chercheurs ont calculé que plus un organe est le théâtre de nombreuses divisions cellulaires, plus grand est le risque de transformation tumorale. Bert Vogelstein en veut pour preuve le côlon: chez l'homme, les cellules souches y sont deux fois plus nombreuses et s'y multiplient deux fois plus que dans l'intestin grêle, or la prévalence du cancer du côlon est bien plus importante. «Vous pourriez dire que le côlon est exposé à davantage de facteurs environnementaux que l'intestin grêle, ce qui augmente le risque de mutations», dit-il, mais le processus est précisément inverse chez la souris: son intestin grêle, qui abrite bien plus de cellules souches que son côlon, est le plus sujet au cancer.

Conclusion: les deux tiers des types cancers sont le fait de mutations aléatoires, le tiers restant étant dus à «une combinaison de malchance, d'environnement et d'hérédité».

 

Ce résultat ne surprend guère les oncologues. Les mutations génétiques sont au cœur de la vie: l'ADN d'un être vivant est sans cesse remodelé, certaines mutations apportant des avantages, d'autres restant silencieuses, d'autres enfin poussant certaines cellules à proliférer. Le cancer est une accumulation d'altérations génétiques d'abord aléatoires.

Limites

«Cela n'exclut en rien la part de l'environnement et de l'hérédité, précise le Pr Dominique Stoppa-Lyonnet, chef du service de génétique à l'Institut Curie et professeur à l'université Paris-Descartes, car le taux de mutations augmente si l'on expose un individu à des mutagènes, ou s'il possède des gènes qui empêchent la réparation des mutations de l'ADN.»

En outre, la notion de cellules souches n'est «pas toujours bien définie, nuance le Dr Christophe Le Tourneau, oncologue médical et responsable des essais précoces à l'Institut Curie. Elle l'est en hématologie, moins pour d'autres types de tissus.» Autre limite, les cancers du sein et de la prostate, parmi les plus fréquents, n'ont pas été pris en compte faute de réponse claire de la littérature médicale quant à leur taux de division cellulaire.

Hasard et méconnaissance

 

 

 

On peut aussi regretter que l'étude mette sur le compte du hasard ce qui relève de la malchance et… des lacunes dans la connaissance médicale. «Ne pas avoir identifié de cause ne signifie pas qu'elle n'existe pas, explique le Dr Le Tourneau. Il y a quelques années, on ne comprenait pas pourquoi certains patients, ni fumeurs ni buveurs, avaient des cancers de la gorge, puis on a découvert que le papillomavirus aussi pouvait provoquer ce type de cancers. Il faut donc que la recherche continue à identifier les facteurs de risque et les gènes en cause.»

Pas question non plus d'oublier «le tiers des cancers que l'on peut éviter», rappelle Catherine Hill: «Le tabac provoque plus de 50.000 cas par an en France ; l'alcool 20.000 ; l'obésité et le surpoids, l'inactivité physique et les ultraviolets, 6.000 chacun. Il faut aussi mieux vacciner contre certaines infections (HPV, hépatite B…), réduire les traitements de la ménopause et les expositions professionnelles.»

Vogelstein et Tomasetti insistent, eux, sur une autre arme: la détection précoce des cancers, «quand ils sont encore guérissables par la chirurgie». En somme, surveiller et arrêter les voitures folles avant qu'elles ne vous percutent.

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