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Le SIDA au Liban

Le SIDA au Liban

                 

                                  

 

   

Au Liban, la prise en charge des victimes du sida s’améliore, mais beaucoup reste à faire en matière d’éducation 


Selon le Dr Jacques Mokhbat : « Avec l’Europe de l’Est et l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient est la seule région au monde où le VIH continue à progresser, au moment où dans le monde entier, on note un déclin des nouvelles infections depuis la fin des années 1990. »

Au Liban, une amélioration a été observée au niveau de la prise en charge des personnes vivant avec le VIH. Il n’en reste pas moins que ces dernières continuent à être victimes d’injustice à plus d’un niveau.

Au cours des dernières décennies, une nette amélioration dans le comportement – et la prise en charge du corps médical et infirmier – vis-à-vis des personnes porteuses du VIH est constatée dans certains hôpitaux universitaires et dans les hôpitaux majeurs de la capitale et de certaines autres villes. Il n’en reste pas moins que ces personnes restent victimes d’une certaine stigmatisation et du jugement moral que porte sur eux la société à plus d’un niveau. C’est ainsi que le Dr Jacques Mokhbat, président de la Société libanaise de sida, résume la situation des personnes vivant avec le VIH au Liban.

le Dr Mokhbat explique que l’amélioration dans la prise en charge des personnes vivant avec le VIH a été rendue possible « grâce à l’engagement, dans ce sens-là, au sein de certains établissements, de membres des corps médical, infirmier et administratif ». « Dans d’autres hôpitaux périphériques, et même de la capitale, on refuse toujours d’admettre des malades porteurs du VIH, déplore-t-il. Ce qui est surprenant, c’est que ce sont des hôpitaux tenus par des instances religieuses. »
Les arguments avancés par les directions de ces hôpitaux sont souvent le manque de personnel spécialisé et des moyens pour s’occuper des patients – « sachant que, mis à part les antirétroviraux, le traitement des autres complications du VIH est assez classique » –, ou encore « l’absence d’assurance médicale ».


Fort heureusement, « l’état de santé des personnes vivant avec le VIH s’est nettement amélioré, et de moins en moins d’entre elles ont besoin d’être hospitalisées pour des raisons directement liées au VIH, poursuit-il. Les personnes vivant avec le VIH n’ont pas plus de risque de se faire hospitaliser ou de recourir à des prestations médicales qu’une personne souffrant d’une pathologie chronique. De plus, l’espérance de vie de ces personnes est presque équivalente à n’importe quelle autre personne du même âge. Les compagnies d’assurances peuvent donc trouver un moyen, comme le fait d’exiger une prime supplémentaire, pour accepter ces personnes ».

Universités, compagnies et autres...
La discrimination dont sont victimes les personnes vivant avec le VIH est également constatée dans certaines universités, sociétés et même écoles qui refusent la candidature d’une personne porteuse du VIH. « Dans certaines universités, même prestigieuses, des tests sont effectués avant d’admettre un étudiant, révèle le Dr Mokhbat. Ces tests sont aussi pratiqués dans certaines grandes sociétés, sous prétexte de l’assurance médicale, sachant que la Caisse nationale de Sécurité sociale accepte tout employé. Par ailleurs, dans une société, les collègues n’ont pas à connaître l’état de santé de l’autre ou son comportement sexuel. Je pense que dans un bureau, une personne qui fume ou qui souffre d’une typhoïde est beaucoup plus dangereuse qu’un homosexuel ou qu’un individu séropositif. Ce dernier ne représente absolument aucun risque pour ses collègues. »


À cela s’ajoute le problème que rencontrent les étrangers, comme les employées de maison et les ouvriers, qui viennent travailler au Liban, le gouvernement continuant d’exiger un test VIH avant de leur accorder un permis de travail. « Si on ne cherche pas à entretenir des rapports intimes avec son employée de maison, cette dernière ne représente aucun risque pour les membres de la famille, même si elle prépare la cuisine pour les enfants », précise le Dr Mokhbat. Et d’ajouter : « Même si nous encourageons tout individu – surtout ceux qui sont à risques – à se faire tester volontairement, il ne faut pas que cette mesure soit obligatoire, d’autant que certains employés sont précieux pour leur compagnie, mais sont malheureusement renvoyés parce qu’ils sont porteurs du VIH. »


Cette mesure est appliquée dans la majorité des pays de la région. « Or avec l’Europe de l’Est et l’Afrique du Nord, le Moyen-Orient est la seule région au monde où le VIH continue à progresser, au moment où dans le monde entier, on note un déclin des nouvelles infections depuis la fin des années 1990, fait remarquer le Dr Mokhbat. La raison reste le manque de décisions prises dans ce sens pour mieux éduquer les nouvelles générations, mais aussi l’absence d’une politique d’ouverture pour parler du VIH et des modes de prévention, ou encore pour libéraliser la distribution de préservatifs. » Et le médecin d’insister : « Les pays qui ont imposé les mesures les plus restrictives et agressives concernant les voyages sont ceux qui, à l’heure actuelle, sont le plus victimes de cette épidémie. C’est malheureux. On a dépensé tellement d’argent pour faire tester les étrangers, au moment où l’argent aurait pu être utilisé à bon escient, pour s’occuper de l’éducation de la jeunesse. »

Ignorance et jugement
Selon le Dr Mokhbat, la discrimination n’émane pas de la peur, mais de l’ignorance qui en découle. « Jusqu’à présent, dans certains milieux, on ne veut pas comprendre comment s’attrape le VIH, note-t-il. Or il n’est plus permis, à l’heure actuelle, d’ignorer encore les modes de transmission et de prévention du VIH, d’autant que les informations peuvent être trouvées sur la toile, comme auprès des ONG qui œuvrent dans ce sens. De plus, de multiples conférences ont été – et continuent à être – organisées sur le sujet. »
À l’ignorance, s’ajoute le jugement. « Chaque individu pense qu’il détient la moralité absolue et se permet donc d’être juge, exécutant et bourreau d’un individu souffrant d’une maladie sexuellement transmissible », ajoute le Dr Mokhbat. Et de conclure : « Un grand travail reste encore à faire pour apprendre la tolérance et l’acceptation de l’autre. C’est une chose essentielle qui va au-delà du VIH. Celui-ci a servi de mèche pour déclencher la réflexion dans ce sens. S
eule l’information permet de lutter contre l’ignorance et vaincre la peur. »

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